Egalitarians despite themselves: envy and leadership in Ecuadorian AmazoniaÉgalitaires malgré eux : envie et leadership en Amazonie équatorienne
Journal of the Royal Anthropological Institute
Published online on March 09, 2026
Abstract
["Journal of the Royal Anthropological Institute, Volume 32, Issue S1, Page 28-48, March 2026. ", "\nThe Shuar of Ecuadorian Amazonia once pursued eminence through warfare and vision quests. While vision quests have been retained, today – settled in villages – they seek eminence through economic success and political leadership. This article examines an apparent paradox: whilst envy suspicions pervade public life, they legitimize rather than level inequality. Successful individuals publicly accuse less wealthy neighbours of envious sorcery, while complaints about stinginess and failure to share remain private. Leaders reframe kinship obligations as malicious envy, justifying their accumulation of wealth as beneficial for collective progress. We argue that this represents not merely a shift from egalitarianism to inequality, but a contextual shift from relational autonomy to self‐possessive autonomy. In the past, eminent warriors remained embedded in relations of mutuality and remained vulnerable to others. Today's leaders, by contrast, actively ‘de‐kin’ themselves and claim exclusive possession of wealth. This contextual shift is enabled by the centralizing dynamics of nucleated village settlement, which allows the separation of economic from social relations and fosters new regimes of private property. The Shuar case reveals how envy talk can become a tool for entrenching inequality.\n\nRésumé\nAutrefois, les Shuar de l'Amazonie équatorienne recherchaient l’éminence par la guerre et les quêtes visionnaires. Tout en maintenant les quêtes visionnaires, ils recherchent aujourd'hui – désormais établis dans des villages – l'éminence par la réussite économique et l'exercice du leadership politique. Cet article examine un paradoxe apparent : alors que les suspicions d'envie saturent la vie publique, elles tendent moins à niveler les inégalités qu’à les légitimer. Les individus prospères accusent publiquement leurs voisins moins fortunés de sorcellerie motivée par l'envie, tandis que les reproches portant sur l'avarice ou le défaut de partage demeurent cantonnés à la sphère privée. Les leaders requalifient les obligations de parenté en manifestations d'envie malveillante, justifiant l'accumulation de richesses au nom du progrès collectif. Nous soutenons qu'il ne s'agit pas seulement du passage de l’égalitarisme vers l'inégalité, mais aussi d'un déplacement contextuel, d'une autonomie relationnelle vers une autonomie possessive. Par le passé, les guerriers éminents demeuraient pris dans des relations de mutualité et exposés à la vulnérabilité vis‐à‐vis d'autrui. Les leaders contemporains, à l'inverse, s'emploient à se désaffilier de la parenté et revendiquent la possession exclusive des richesses. Ce déplacement est rendu possible par les effets centralisateurs de l'habitat villageois nucléé, qui autorisent une dissociation entre relations économiques et relations sociales et favorisent l’émergence de nouveaux régimes de propriété privée. Le cas shuar montre ainsi comment les discours sur l'envie peuvent devenir un instrument de consolidation des inégalités.\n"]